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Retour sur le colloque « Picasso céramiste ? »

Le 16 janvier 2015, catégorie : Sculpture.

Pablo Picasso : Scène de tauromachie, 1951. Plat ovale (moulé à la presse) en terre cuite blanche, peinte aux oxydes, sous couverte. Collection particulière

Pablo Picasso : Scène de tauromachie, 1951. Plat ovale (moulé à la presse) en terre cuite blanche, peinte aux oxydes, sous couverte. Collection particulière

Le 24 mars dernier à Sèvres, Cité de la céramique, Harald Theil, historien de l’art et commissaire d’exposition indépendant, et Salvador Haro Gonzalez, professeur et doyen de la faculté d’arts plastiques de Malaga et commissaire d’exposition, tous deux spécialistes de la céramique de Picasso, ont plaidé pour une approche holistique de l’œuvre de Picasso.

« Les céramiques de Picasso doivent être considérées comme une partie de l’ensemble organique auquel elles appartiennent à savoir la totalité de l’œuvre de Picasso, a commencé Salvador Haro Gonzalez. Nous pensons que ce point de vue rejoint celui de l’artiste, qui ne considérait pas de hiérarchie entre les domaines artistiques ou les procédures techniques mais était intéressé par tous les domaines artistiques comme un moyen de réaliser son œuvre, pour faire des Picasso ». Plus tard Salvador Haro Gonzalez, qui se concentrait sur les relations de la céramique avec l’œuvre peinte et gravée, a précisé que la méthode qui caractérisait justement Picasso consistait en « l’exploration d’un motif jusqu’au bout, en changeant de domaine artistique et en le métamorphosant jusqu’à en extraire toutes les possibilités ». Parallèlement, a-t-il poursuivi, « de nouvelles ressources formelles sont apparues qui dérivent directement de particularités techniques. Par exemple, dès ses premières céramiques, Picasso a développé des traits rapides, en forme de virgule, dus à la forte absorption de la surface de l’argile. L’effet fut si saisissant qu’on le retrouve dans d’autres œuvres, comme dans une importante série de dessins à l’encre de Chine sur le thème de la tauromachie en 1959 ».

Harald Theil, qui se concentrait lui sur l’œuvre en volume, considère comme une évidence que « les céramiques de Picasso revêtent souvent une dimension sémantique ou conceptuelle, reposant sur le dualisme entre l’image et l’objet, comme les fameux plats, transformés en images d’arènes de corrida, arènes en miniature, somptueusement colorées. C’est certainement à cette transformation que Picasso a pensé en disant : on ajoute de la peinture qui refait un objet différent. […] La transformation d’un objet en image, a continué l’historien, a capté l’intérêt de Picasso depuis l’époque du cubisme […]. Après avoir largement exploré jusqu’en 1946 à travers l’assemblage d’objets, l’interaction entre image et objet, Picasso porta son intérêt sur l’exploration d’un tel lien dans le domaine de la céramique, en particulier sur la pratique millénaire dans ce registre, de l’ambivalence entre récipient et image. » Harald Theil a alors examiné les dessins préparatoires de l’artiste, « le trait commun de toutes les réalisations céramiques en volume de forme humaine ou animale envisagées par Picasso est la représentation d’un corps par un récipient, donc d’une masse corporelle figurée par un objet creux ». Pablo Picasso parle d’ailleurs à ce sujet de « métaphores plastiques ». Ainsi Françoise Gilot rappelait-t-elle dans Vivre avec Picasso (1965) cette réflexion de l’artiste : « On dit que les hanches d’une femme ont la forme d’un vase. Ce n’est plus poétique ; c’est devenu un lieu commun. Moi, je prends un vase et j’en fais une femme. J’utilise la vieille métaphore, je la retourne et je lui rends vie ». >> Retrouver l’intégralité de l’intervention