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La rencontre de Michel Leiris et Pablo Picasso

Le 19 février 2015, catégorie : Les personnalités.

Pablo Picasso : Portrait de Michel Leiris,  28  avril 1963

Pablo Picasso : Portrait de Michel Leiris, 28 avril 1963

A la fin de 1922, Michel Leiris se rend d’abord ponctuellement à Boulogne avec Max Jacob et André Masson, puis de façon assidue à partir de l’été 1923. Il entre alors tout naturellement en contact avec Pablo Picasso, que Daniel-Henry Kahnweiler lui présente brièvement en 1924. Au cours de ces après-midi sans façon, on ne parle ni d’argent, ni de contrats, mais volontiers de peinture, de littérature ou des petites affaires du moment. Qu’ils se nomment Georges Bataille ou Élie Lascaux, Léonce Rosenberg ou Juan Gris, Érik Satie ou Henri Laurens, Gertrude Stein ou Tristan Tzara, ils parlent, rient, s’empoignent parfois, mais aucun ne raterait ce rendez-vous hebdomadaire attendu comme « la récompense de la semaine finissante ».

La véritable rencontre de Michel Leiris avec Picasso a toutefois lieu un peu plus tard. Michel Leiris la raconte dans un texte de 1961 publié dans le Patriote de Nice et du Sud-Est, repris dans ses Écrits sur l’art. « Je remontais la rue La Boétie, quand j’aperçus Picasso, marchant sur le même trottoir que moi et dans le sens opposé, en sorte que nous nous croiserions d’ici peu de secondes. Que devais-je faire ? Saluer (mais dans ce cas, j’aurais eu l’air de me prévaloir de notre précédente et si fugace entrevue, pour imposer mon souvenir au grand peintre). Marcher les yeux fixés droit devant moi et faire comme si je ne le voyais pas (mais j’eusse risqué alors de paraître étrangement impoli si, par hasard, j’étais reconnu par l’intéressé). Nulle des deux solutions n’était satisfaisante et je ne trouvais donc dans un cruel embarras. J’en étais encore à peser le pour et le contre, sans parvenir à un choix, quand je vis, à deux pas de moi, un Picasso qui s’avançait la main tendue et me disait, comme s’il m’avait toujours connu : “Bonjour Leiris ! Alors, vous travaillez ?” Je lui répondis, bien sûr que oui, en rougissant fortement. » Leiris continue : « Si je rapporte cette anecdote… C’est parce qu’elle me semble illustrer l’un des aspects les plus admirables du génie de Picasso : son infinie curiosité de ce que font les autres, cette prodigieuse ouverture d’esprit grâce à laquelle il peut traiter de pair à compagnon avec quiconque, et l’espèce de doute méthodique qui, l’empêchant de se mettre sur un piédestal, lui a permis de garder intacte – à travers les années – sa passion de recherche. » >> Lire l’article de Bernadette Caille