Enrichir sa connaissance de l'artiste, Pablo Picasso, et de son œuvre. Des recherches pertinentes et inédites, des commentaires d’œuvres, des relations d'expositions, des publications de référence. Le Blog Atmosphérique

Blog Atmosphérique

Michel Leiris et Pablo Picasso, un demi-siècle d’amitié

Le 3 mars 2015, catégorie : Les personnalités.

Robert Picault, Picasso et Leiris chez Castel

Robert Picault, Picasso et Leiris chez Castel

Dès leur rencontre dans les années 20, Pablo Picasso multiplie les attentions aux Leiris. Ainsi en 1932, à l’occasion de sa participation à la mission Griaule, Michel Leiris reçoit de Pablo Picasso une peinture de petite taille exécutée sur le couvercle d’une boîte en carton, qui doit permettre au futur ethnologue de prendre connaissance des dernières productions de l’artiste. Pendant l’Occupation, les Leiris voient le peintre  presque tous les jours. En 1937, Picasso installe son atelier au « Grenier », 7 rue des Grands Augustins à Paris. À partir de janvier 1941, Picasso y habite. Il écrit, peint et sculpte sans répit et reçoit chez lui de nombreux visiteurs. Au printemps 1942, Louise et Michel Leiris emménagent au 53 bis quai des Grands Augustins. De 1937 à 1945, les Leiris sont les témoins assidus du travail de Picasso au Grenier. Le 19 mars 1944 « une lecture publique » du Désir attrapé par la queue est donnée chez les Leiris. Parmi les interprètes, Michel Leiris joue Gros-Pied, Jean-Paul Sartre Le Bout Rond, Raymond Queneau L’Oignon, Louise Leiris les Deux Toutous, Simone de Beauvoir Sa Cousine…

A la Libération, Michel Leiris signe la déclaration du Conseil national des écrivains, en défense de Picasso à l’occasion du Salon d’automne, où sont exposées soixante-dix-neuf œuvres qui provoquent un scandale. En réalité, c’est bien l’annonce de l’adhésion de l’artiste au Parti communiste français qui provoque un tollé. Cette adhésion a certainement été préparée pendant la guerre, Picasso ayant fait la connaissance de Laurent Casanova, par le truchement des Leiris qui l’hébergeait clandestinement. Un texte de Leiris se fait l’ardent défenseur d’un Picasso à la fois reconnu et rejeté. « L’extraordinaire capacité de renouvellement qui fait que chaque série récente de ses œuvres surprend même les gens les plus avertis de son art – capacité poussée chez Picasso à un degré unique dans l’histoire de la peinture – pourrait sembler, de prime abord, suffire à expliquer cette réaction hostile : dans sa constante métamorphose, Picasso gagne de vitesse un public à qui il faudrait non des années, mais des siècles, pour s’éduquer et se mettre à même d’apprécier chacune de ses nouvelles “manières” ».

À partir des années 1950 jusque dans les années 80, les expositions Picasso se succèdent à la galerie Kahnweiler, souvent accompagnées de textes de Michel Leiris. Cette relation intime, Leiris la poursuivra encore à la mort de l’artiste, dans un texte intitulé « Le 8 avril 1973… ».  « Le chien et moi, nous venons juste de pénétrer dans la cour qui s’étend derrière la maison, quand j’aperçois ma femme debout dans l’embrasure de l’une des portes. Avant que nous ayons traversé le grand espace caillouté, elle prononce ces trois mots : “Pablo est mort.”[…] Et je me dis (vertigineux ajout au déchirement amical et au regret de cette fête toujours revigorante, la découverte des derniers travaux témoignant chaque fois d’un fabuleux pouvoir de renouvellement) que c’est notre monde à nous – à ma femme et à moi ainsi qu’à beaucoup d’autres, désormais de naguère – qui vient de recevoir le coup de puntilla. » Lire l’article de Bernadette Caille