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Claude Picasso, Androula Michael, entretien

Le 23 avril 2015, catégorie : Petites histoires.

intime

Ecriture, photographie, générosité, réception de l’œuvre… l’entretien s’organise en différent thèmes dont l’articulation semble mystérieuse mais qui sont unis entre eux par les réponses de Claude Picasso, observateur attentif de son père et de l’œuvre de son père et témoin scrupuleux de sa propre enfance.  Ainsi, on découvre avec délice la réaction de l’enfant auquel le père a subtilisé ses jouets pour les intégrer dans ses sculptures.  « Je n’étais pas ravi ni enchanté… Car je faisais ce que j’avais à faire avec mes jouets : lui avait des projets avec ces jouets, mais moi aussi ! Ça le faisait rigoler, et puis c’est tout […] » rapporte Claude Picasso.

Le fils de Françoise Gilot se souvient que « [Picasso] faisait des collages de mots, assemblait des images totalement inattendues, un peu comme des touches de couleur, des touches de lumière, des jeux mentaux, de l’esprit… Il a d’ailleurs toujours fait ainsi : des assemblages qui paraissaient hétéroclites mais qui ne l’étaient pas puisqu’il y avait toujours un sens. C’est un peu comme pour les sculptures […]. Il ramassait toutes sortes de trucs et finalement ça ressemblait à quelque chose qui était lié par le plâtre, ça se fondait comme ça. Comme les mots-valises, les sculptures sont des sculptures-valises. »

Plus tard, il pointe la simplicité de Picasso créant un rapport inattendu avec les goûts de l’artiste en matière de…  nourriture ! « Toujours très simple : des œufs frits, des boudins, des petites brochettes de poisson […] Il prenait souvent une petite soupe dans laquelle il y avait trois fois rien. Mais quand du monde venait le voir, on allait au restaurant, il emmenait tout le monde dans des restaurants formidables, mais lui prenait quelque chose de très simple. » Mais cette simplicité s’exprime aussi dans les rapports généreux qu’il entretient avec ses amis. «Dali m’a raconté une histoire. A Paris, il venait constamment voir Picasso, ils parlaient… Il disait toujours : ‘Moi, ce que je dois faire c’est aller à New-York, là-bas j’aurai un grand succès, les gens vont me comprendre. ‘ Alors, un jour, Picasso lui demanda : ‘Mais combien ça coûte d’aller à New-York ? Pourquoi tu m’embêtes avec ça ? ‘ ‘ 3500 dollars. Je veux y aller, je veux faire ma vie là-bas. ‘ Aussi sec, il est allé chercher l’argent et l’a donné à Dali en lui disant : ‘Vas-y ! ‘ C’est comme ça que Dali est parti à New-York. Et Dali m’a dit trente-cinq ans après : ‘ Je suis vraiment honteux, c’est horrible, tu sais que je ne l’ai jamais remboursé !’.

Cette plongée dans le quotidien de l’artiste permet aussi au fils de partager une leçon de vie qui révèle, en filigrane et au-delà même de l’histoire de l’art, la tournure d’esprit d’un homme. « Vers l’âge de 16 ans je discutais directement avec mon père. Je me souviens d’une petite escarmouche parce que j’ai dit : « El Cordobes c’est un type extraordinaire, mais il n’est pas capable de tuer un taureau convenablement. (A chaque fois qu’il ratait c’était un pataquès terrible et cela lui faisait perdre les oreilles et la queue). Et puis quand même sa façon de toréer, quelquefois n’est pas très jolie… » Mon père m’a dit : « Mais enfin, je ne comprends pas pourquoi tu dis cela. Lui, c’est un Beatle et puis moi si j’avais peint comme Delacroix, on en serait où maintenant ? » Il m’avait cloué le bec. Cela m’a donné une leçon : le fait qu’il faut prendre des risques, faire autrement, pas toujours reproduire l’académisme tauromachique dans ce cas. »