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Picasso, « Un génie sans piédestal » au Mucem, à Marseille

Le 26 avril 2016, catégorie : Les expositions.

IMG_2463Picasso, « Un génie sans piédestal »(1) au Mucem, à Marseille.

« L’art oblige […] l’artiste à ne pas s’isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. […]. C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien.
Albert Camus, Discours de Suède, 10 décembre 1957.

Pendant quatre mois, le public va découvrir une exposition tout à fait singulière, sur les relations entretenues par Picasso avec les arts et traditions populaires chers à Georges Henri Rivière. Ce n’est donc pas un hasard si c’est le Mucem à Marseille qui est à l’origine de ce projet qui rassemble 270 œuvres de l’artiste ou d’objets des collections du musée dans une mise en espace soignée, due à Jacques Sbriglio.

Picasso se confrontait aux artisans du quotidien ou du beau, collaborait avec eux, profitait de l’excellence de leur savoir-faire, partageait avec eux le plaisir de la création, qu’elle soit utile ou artistique. Il aimait le bruit des ateliers et le contact des matériaux. Il aimait la sensation de la matière brute dans la main, avait un profond respect pour le geste et la parfaite maîtrise de l’ouvrier. Il avait la curiosité de tout essayer, de ne rien laisser de côté. Il a ainsi « touché » le bois, l’orfèvrerie, le textile, la céramique, la linogravure et tant d’autres techniques. Il aimait créer autour de l’imaginaire collectif bâti à partir des objets du quotidien, des codes vestimentaires, des manifestations festives, des cultures régionales, des traditions populaires. Il s’y sentait roi et prenait un plaisir immense à se l’approprier pour une nouvelle lecture jubilatoire. Pour les commissaires de l’exposition, Joséphine Matamoros et Bruno Gaudichon, le génie de Picasso, c’était « cette capacité à rebondir sur tout, de faire, de tout, les pièces d’un puzzle plein de surprises. Cette part du jeu était très importante dans la construction de son œuvre, alliant distance et profondeur avec une facilité déconcertante. » C’est cela que présente l’exposition : cette relation intime, futile autant qu’essentielle avec ces petites choses de la vie. Picasso dessine pour ses enfants, crée des petits personnages, s’amuse de détournements d’objets en terre cuite qui deviennent visages, assemble, découpe, structure en trois dimensions. Tous ses domaines de prédilection sont là : cirque, tauromachie, colombophilie, musique, coiffures et costumes. Au fil du parcours, le spectateur découvre cet ensemble jamais encore rassemblé et si peu exploré par l’histoire de l’art, dialoguant avec des œuvres et objets issus des réserves du Mucem. On comprend les références de l’artiste, ce qui l’a touché, ému ou fasciné. Des films jalonnent le parcours et l’on y voit Picasso concentré, installé dans l’atelier Madoura de Vallauris. Pour les commissaires de l’exposition, « il ne s’agissait pas pour lui de faire du bricolage, mais de traduire le pouvoir évocateur de l’objet. »

Georges Henri Rivière, fondateur de génie du musée des arts et traditions populaires, ancêtre du Mucem, aimait par dessus tout édifier des passerelles entre « culture populaire » et « culture savante », comme l’écrit dans le catalogue Émilie Girard, co-commissaire de l’exposition. Elle explique également que Rivière et Picasso se rencontrèrent à maintes reprises et des œuvres de l’artiste (comme Le Pichet, le peintre et deux modèles, 1954) vont entrer dans les collections naissantes de ce nouveau musée. Rivière s’emploie ainsi à gommer toute séparation entre objets dits d’art populaire et approche artistique.

Des œuvres de la toute première jeunesse de Picasso ainsi qu’un tableau de son père donne une dimension humaine à cet ambitieux projet. On oublie en effet que Picasso fut d’abord un enfant et un fils, avant que son nom comme son image soient liés à l’immense artiste qu’il devint ensuite.

(1). Une expression de Michel Leiris dans Écrits sur l’art, édition établie par Pierre Vilar, Paris, CNRS éditions, 2011.

« Un génie sans piédestal ». Picasso et les arts et traditions populaires. Mucem, Marseille, du 27 avril au 29 août 2016.
Catalogue d’exposition, coédition Gallimard/Mucem, 288p. 35 €.

 

Masque,  1919  Musée National Picasso Paris (Construction en carton cousu, gouache et encre de Chine, ficelle pour l’accrocher)