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le Douanier Rousseau

Le 13 mai 2016, catégorie : Les expositions.

douanier-picassoLe musée d’Orsay déroule le tapis rouge pour une nouvelle exposition temporaire sur le Douanier Rousseau et son incarnation de « l’innocence archaïque ». Après un triomphe au palais des Doges de Venise, Guy Cogeval a, selon ses propres termes, décidé de bouleverser la programmation du musée pour accueillir les œuvres d’un artiste autodidacte, mais non moins important de l’art du XXe siècle. Et pour cause. Certains se souviendront de la dernière grande exposition réservée à l’artiste, au Grand Palais il y a dix ans. Pourtant, les commissaires arrivent encore à nous surprendre et à mettre magnifiquement en avant les célèbres « jungles », mais surtout les portraits et les surprenantes natures mortes, moins connues du grand public. L’accent est davantage mis sur le rôle particulier, essentiel et novateur d’Henri Rousseau, ainsi que son soutien et ses liens dans l’avant-garde du début du XXe siècle. Si la mise en avant des futuristes italiens peut, dans un premier temps, étonner le spectateur parisien, elle trouve au final bien sa place parmi l’œuvre du Douanier Rousseau, notamment avec Carlo Carrà.
Celui qui se proclame comme « l’inventeur des portraits-paysages » est mis en rapport avec ses diverses sources d’inspiration, mais également dans le monde de l’histoire de l’art de façon plus générale – « d’Uccello à Kandinsky » comme le voulaient les commissaires –, tout en gardant une ligne cohérente.
La confrontation entre sa peinture et quelques-unes de ses sources d’inspiration reste intéressante. La rigueur des primitifs italiens, l’idéal académique, la candeur du folk art américain du XIXe siècle, les toiles animalières de Delacroix, l’art du paysage néo-impressionniste, la nature morte avec Cézanne, ou la figure déstructurée de Picasso sont autant de comparaisons et de points communs qui se retrouvent dans les toiles de Rousseau.
S’inspirant également de son environnement direct, il dépeint ses convictions politiques comme les petits événements de son époque, de la toile de 1907 Les Représentants des puissances étrangères venant saluer la République en signe de paix – prêtée par le Musée national Picasso de Paris – au premier match de rugby entre la France et l’Angleterre à Paris en 1908, pourtant nommé Les joueurs de football et conservé au musée Solomon R. Guggenheim de New-York. Les œuvres choisies montrent avec dextérité comment l’homme s’affranchit des contraintes de la perspective et utilise un langage pictural réaliste pour transcrire une image mentale si singulière.
Enfin, c’est une personnalité affirmée et attachante qui est suggérée au travers des citations, des œuvres de ses proches ou de simples connaissances, des critiques du salon des indépendants à l’épisode de la fameuse soirée organisée par Pablo Picasso et sa bande en novembre 1908.
L’exposition organisée par Claire Bernardi, Beatrice Avanzi et Guy Covegal tient largement ses promesses, avec le prêt exceptionnel du Museum of Modern Art de New-York de l’imposante toile Le Rêve. La rotonde dévoilant les précédentes « jungles » conclut l’exposition en apothéose, comme une dernière évasion avant de rejoindre les portes du musée.
Le contenu de cette exposition est en lien avec celle organisée par le musée de l’Orangerie sur un autre artiste à l’influence majeure dans les deux premières décennies du XXe siècle, le poète et critique d’art Guillaume Apollinaire.

 

Au Musée d ‘Orsay  jusqu’au  17  juillet 2016

Portrait de Douanier Rousseau par Picasso, 1910 ( Musée National Picasso Paris)