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« Voilà une bonne journée ! »

Le 12 août 2016, catégorie : Les collections.

26821Cette phrase enjouée, prononcée par Pablo Picasso le 25 mai 1971, est restée gravée dans la mémoire de Jean-Maurice Rouquette. Elle correspond au moment où l’artiste l’a invité à Mougins et lui a fait la surprise d’offrir une magnifique série de cinquante-sept dessins à la ville d’Arles, qui devait initialement servir pour un projet d’exposition au Musée Réattu, avec Lucien Clergue.

Parmi la centaine de créations produites dans ce laps de temps, le choix des œuvres s’est fait sous le regard attentif de Jacqueline ; les cinquante-sept dessins retenus se situent tous chronologiquement entre le 31 décembre 1970 et le 4 février 1971, soit sur une période de trente-six jours. Les thèmes se suivent et sont représentatifs du goût de Picasso pour les portraits – notamment avec les mousquetaires, rappelant parfois avec subtilité Rembrandt, Van Gogh et Matisse –, les arlequins, les aubades et le thème important du peintre et son modèle, qui revient régulièrement tout au long de ses années de création. Le panel choisi montre particulièrement des figures d’arlequin, présentes depuis les débuts jusqu’à la fin des années 1920 et des mousquetaires ; ces derniers, apparaissant de manière récurrente dans la dernière période, ont naturellement trouvé leur place dans l’ancien Grand Prieuré de l’Ordre de Malte.

Cette série est représentative de l’œuvre de la dernière période, de son savoir-faire et de son talent, toujours intact à l’âge de 90 ans. Les supports, des chutes de carton, des pochettes Canson de fine qualité aux enveloppes reçues le matin même, sont recouverts – souvent en recto et verso – du répertoire des formes que Picasso a acquis au cours de ses nombreuses années d’expérience, au moyen d’encre de chine, mais également de craies et de feutres de couleur. Ces œuvres montrent comment l’artiste connaît les qualités de ces instruments : l’opacité de la craie, la couleur intense du feutre… Il garde notamment les signes distinctifs qui permettent en quelques lignes de reconnaître ses personnages, ses compagnons de route.

Une certaine proximité se fait ressentir, différente des grandes toiles, des gravures ou des sculptures qu’il a pu réaliser. La signature est absente, tandis que les dates prennent une place de plus en plus importante, passant du coin de la feuille au centre, en s’étirant et s’enroulant, telle une vigne sur son échalas ; le chiffre romain qui donne l’ordre des dessins suit fidèlement la date, comme un outil d’archive.

Quelques jours après cette série, il passera avec une grande vitalité à un autre mode d’expression, la gravure – avec la fameuse série des 156 –, puis une dernière fois à la céramique en mars 1971.

Quarante-cinq ans après ce don, le musée d’Arles reste toujours dans l’actualité picassienne, puisque le musée national Picasso-Paris a permis, grâce à un prêt, la présentation d’une magnifique huile sur toile de 1934 intitulée Nu au bouquet d’iris et au miroir. Dans la même salle du musée est également présentée, jusqu’au 29 août 2016, une sélection de dessins sur le thème du Peintre et son modèle.

 

illustration : Le Peintre, Daté au dos: « 3.2.71./I », Encre de Chine, lavis et craies de couleur sur carton blanc,  28 x 22 cm

Pour plus d’informations sur cette série, voir le catalogue rédigé par Michèle Moustahar, Alain Charron et Jean-Maurice Rouquette, Les Picasso d’Arles : Portrait d’un musée, Arles, Imprimerie Laffont, 1996.

et l’article sur notre site http://www.picasso.fr/fr/picasso_page_article.php?tmpl=article&lid=/Picasso-et-Rouquette/texte_article.php,S&fopt=100%,800