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Un Picasso sur les terres natales de Matisse

Le 20 septembre 2016, catégorie : Les collections.

teriadeAu détour d’un voyage dans le Nord – région Hauts de France, il est possible d’apercevoir une belle huile sur papier de Picasso nommée Tête de femme couronnée de fleurs. Datée du 22 juillet 1969et signée dans la partie haute, elle représente le portrait d’une jeune femme blonde au regard énigmatique, en reprenant les signes caractéristiques des œuvres des dernières années de création de l’Espagnol. Si l’alliance du noir et du blanc domine, les traces de couleur dans le visage ou la couronne de fleurs – avec du jaune, rose, vert et bleu – apportent des touches de lumière particulièrement réussies. Ce buste est entouré par d’autres œuvres d’artistes à la renommée internationale : Marc Chagall, Georges Rouault, Fernand Léger, Joan Miró, ou encore Alberto Giacometti.
Une question vient alors à l’esprit, à savoir comment une œuvre de Picasso, faite au Mas Notre-Dame-de-vie à Mougins, a-t-elle pu trouver refuge dans une petite ville du Nord ? Deux noms sont essentiels pour comprendre l’intégralité de l’intrigue. Le premier est l’ancien propriétaire de l’œuvre, ami de Pablo, critique d’art et grand éditeur, créateur de la revue Verve : Efstratios Eleftheriades, dit Tériade. C’est avec lui que Picasso eût un beau projet, l’illustration du Chant des Morts de Pierre Reverdy, dont le graphisme à base de coups de pinceaux rouges fut d’une grande innovation.
La deuxième personne importante est un autre grand artiste, originaire de la ville du Cateau-Cambrésis : Henri Matisse. Il quittera ses terres natales pour un nouvel havre de paix qu’il trouve dans la douceur de la Provence, s’acclimatant avec succès à la vie sous le chant des cigales et à la lumière si particulière de la Méditerranée qui se retrouve dans ses œuvres. En 1952, il décide de créer un musée dans sa ville d’origine et de faire don d’un grand nombre d’œuvres, couvrant l’ensemble de sa carrière.
Une forte amitié lie Tériade et Matisse, qui se retrouvent souvent dans la Villa Natacha de l’éditeur à Saint-Jean-Cap-Ferrat et où le nordiste aime flâner dans le grand jardin paradisiaque à sa guise.
Alice Tériade honora la promesse faite à son mari de garder sa collection intacte, en un seul lieu. En 2002, puis en 2007, elle décida de faire don des livres d’art et de la belle collection d’œuvres ayant appartenu à l’éditeur au Musée Matisse, en l’honneur de la grande affection qui n’a jamais cessé d’unir les deux hommes. Dans ce musée, trois thématiques se dégagent de l’ensemble. Ainsi, les œuvres créées pour la Villa Natacha par ses amis-artistes, présentes dans la salle à manger reconstituée, précèdent la partie consacrée à Tériade l’éditeur et à ses livres. Enfin, c’est en tant que Tériade le collectionneur que l’huile sur papier offerte par Picasso apparaît, parmi d’autres chefs d’œuvres.
Voici comment, autour d’un réseau de fortes amitiés et grâce à la donation Tériade, un Picasso a rejoint les rangs de l’original Musée départemental Matisse du Cateau-Cambrésis, brisant ainsi la frontière Nord/Sud qui les oppose encore trop souvent.