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Bon anniversaire

Le 23 janvier 2017, catégorie : Les personnalités.

dessindddDavid Douglas Duncan, né le 23 janvier 1916, fête en janvier 2017 son 101e anniversaire. Installé depuis près de cinquante en Provence, le photographe parle avec élégance et simplicité. Doté d’une mémoire phénoménale, il raconte volontiers les grands événements du XXe siècle et les rencontres qui ont marqué sa vie. Dans ses livres comme dans ses expositions, il relate des moments particulièrement durs, comme la Seconde Guerre mondiale ou les conflits en Corée et au Viet Nam. Car David Douglas Duncan fut longtemps photographe de guerre. « Simple » témoin au début, puis officier dans les Marines et reporter ensuite. De ces expériences de conflits vécus au quotidien, Duncan montre l’humanité ravagée des soldats, la peur, le chagrin, la douleur, la souffrance et aussi l’espoir. Il révèle la solidarité, la fraternité au sein des bataillons. Duncan publie ses reportages dans le magazine Life pendant dix ans. Puis signe des livres parce qu’il est ainsi plus libre de s’exprimer et de prendre partie. Le plus célèbre, I protest !, paru en 1968 (New American Library), est à charge contre le gouvernement, dont il dénonce le bellicisme et les méthodes.

Un jour de 1956, David Douglas Duncan, sonne au portail La Californie, à Cannes, où demeure Picasso. Il explique son désir de rencontrer le maître et vient de la part de leur ami commun, Robert Capa. disparu prématurément en 1954 alors qu’il couvrait la guerre d’Indochine. La porte s’ouvre et « DDD » (tel est son surnom) découvre le peintre… dans sa baignoire… Incrédule et amusé, il demande à l’artiste s’il peut aller chercher son appareil photo dans sa voiture. C’est le début d’une très longue amitié qui s’achèvera à la mort de l’artiste. « Je suis devenu intime avec toute la famille. On m’a accepté un peu comme un moustique » s’amuse-t-il à raconter aux journalistes qui l’interrogent sur cette relation.

Picasso accueille avec joie David Douglas Duncan lorsque celui-ci, au volant de sa Mercedes 300 SL, aux portières en forme d’ailes de papillon rentre de reportage. Il ne « fait que passer » mais reste parfois jusqu’à six semaines d’affilée ! « Le peintre peint et le photographe photographie ». C’est ainsi que le Maestro – comme l’appelait Duncan – définissait leurs activités réciproques. « Je n’étais ni historien de l’art, ni peintre, ni galeriste, ni conservateur. Je n’étais pas non plus le meilleur des photographes. … Mais moi, j’étais le seul qui restait, jour après jour. » DDD est sans doute le photographe qui a le mieux rendu compte du quotidien de l’artiste, car l’affection qu’il porte au couple est partagée, simple et sans équivoque. De plus, il est d’une grande discrétion, allant jusqu’à envoyer son Leica au Japon, afin de le rendre totalement silencieux. Jamais Picasso n’est intervenu dans le choix des photos publiées dans les sept livres que Duncan lui a consacrés. Au fil des pages, on voit le peintre travailler, réfléchir, s’amuser, danser, s’émerveiller, rire, soupeser, embrasser sa femme ou ses enfants. Il a accompagné cette activité fébrile, témoigné de la générosité de l’artiste, toujours heureux de distraire ses amis et partager sa table. Près de 5000 négatifs furent ainsi réalisés.

Le travail délicat de David Douglas Duncan sur Picasso est précieux et unique parce qu’il donne des clefs pour comprendre les processus de création du peintre. On découvre des tableaux que Picasso n’avait jamais montrés de son vivant ou une façon singulière de travailler. On voit l’artiste au milieu d’un bazar savamment organisé. On s’émeut de son intimité et de la présence rassurante de Jacqueline, son épouse.

Dans un film réalisé en 2007 et diffusé lors d’un séminaire du magazine National Geographic en 2008, Ducan s’explique : « Il n’y a pas de moment décisif, la vie est un flux. Qui sait ce qui s’est passé juste avant et juste après ma photo ? Avec mes images, j’ai créé un monde, mais je n’ai jamais capturé le visage de la vie elle-même. Je m’en suis juste -approché. J’ai fait du mieux que j’ai pu. »